Jules
Commençons par Jules, le plus célèbre de la famille. Ses exploits sont nombreux et durant une trentaine d'années, il s'est avéré le meilleur golfeur québécois et un des meilleurs au Canada sinon le meilleur. Le petit Napoléon, comme on le surnommait en raison de sa petite taille (5'5 et 130 livres), a joué trois fois dans le Masters. C'est en 1940 qu'il a obtenu sa meilleure position, soit une trente-troisième place et son meilleur score, soit un 70. Il a été le premier Canadien à remporter un tournoi sanctionné par la PGA, soit le General Brock Open en 1937 auquel ont participé Sam Snead, Byron Nelson, Horton Smith et Ben Hogan, tous des grands de l'époque. "Le point tournant de cette victoire avait été ma troisième ronde de 66. En ronde finale, Ben Hogan et Harry Cooper étaient jumelés avec moi. J'avais reçu une bourse de 750 $." déclarait Jules à Daniel Mélançon du magazine Golf International en 1999.
Jules a été un des premiers francophones à occuper un poste de professionnel en titre dans un club d'importance traçant le chemin à d'autres francophones. Il a remporté une quarantaine de tournois au Québec et au Canada, dont 3 fois le championnat des professionnels du Canada (1934, 1939 et 1946) terminant deuxième 4 fois dans ce tournoi. Il a été couronné champion du Québec Open 3 fois (1934, 1945 et 1958) et gagné 5 fois le championnat des professionnels du Québec (1946, 1947, 1955, 1958 et 1959). Une parade a même été organisée à Québec en 1934 pour souligner ses victoires au niveau national et provincial. Jules et son bon ami et rival de toujours Stan Horne ont vaincu Ben Hogan et Lawson Little (1940 U.S. Open Champion) dans le International Fourball de Miami en 1940. Jules a aussi vaincu Jerry Barber (1961 PGA Champion) et Doug Ford (1957 Masters Champion) dans les matchs de la Coupe Hopkins durant les années 1950. Il a aussi réussi 8 trous d'un coup au cours de sa carrière dont le premier en présence de Gene Sarazen. Son dernier as, il l'a réussi à l'âge de 80 ans au trou no 11 de Kanawaki avec un bois 3 sur une distance de 181 verges devant son ami Stan Horne.
Jules déclarait en 1999 à Daniel Mélançon :" J'aimais tellement la sensation de m'élancer, de voir la balle parcourir des distances énormes. Lorsque je n'arrivais pas à avoir un vrai bâton entre les mains, je grimpais dans un arbre me couper une branche qui ressemblait davantage à un bâton de hockey qu'à un bâton de golf.... J'aimais tellement ce sport.... c'était devenu une fascination. Peu importe l'emploi qu'on allait m'offrir, je voulais me retrouver sur un terrain de golf."
Il s'est effectivement retrouvé sur des terrains de golf durant toute sa vie, occupant des postes au Lac-S-Joseph, au Kent Golf Club, au Royal Quebec Golf Club et à Laval-sur-le-Lac. Jules a été président de l'Association des gollfeurs professionnels du Canada durant toute la Seconde Guerre Mondiale. Enfin, il a écrit un livre " Le golf " qui a fait l'objet de 3 éditions. Jules est le seul golfeur québécois à faire partie du Temple de la renommée des sports du Canada. Veuillez consulter la page sur Jules Huot pour connaître tous les détails de sa carrière.
Benoit
Victime de l'amputation d'une jambe à l'âge de 15 ans suite à un accident de bicyclette, Benoit n'a donc pu avoir autant de succès que ses frères. Cela ne l'a pas empêché de réaliser 3 trous d'un coup dans sa carrière (Royal, trous no 8 et 13, Québec, trou no 9), son dernier réussi à l'âge de 80 ans. Il faut le faire ! Benoit a remporté plusieurs tournois au Royal Québec dont le championnat du Club "Match play" de la classe C en 1956. La saison suivante, il était runner-up de la classe B dans le championnat du Club "Medal play "Son ascension s'est poursuivie et, en 1963, il gagnait le Trophée du Capitaine "Medal play Classe A" avec sa meilleure ronde à vie, soit 73.
Pendant une quinzaine d'années, il a maintenu un handicap de 7 et a roulé de nombreuses parties sous les 80. Une des parties les plus mémorables dont il se souvient a été disputée avec son fils Lorrain (75), Yvan Bourbeau (77) et Denis Lefrançois (72). Benoit avait quant à lui joué 77. Au plan professionnel, Benoit, bilingue et particulièrement doué en rédaction française, a rempli d'importantes fonctions au cours de sa carrière de 41 ans au gouvernement du Québec, dont celle de secrétaire particulier adjoint du Premier ministre de 1946 à 1953. De 1954 à 1970, il a été directeur de cabinet de deux ministres distincts avant sa mutation au ministère des Communications où il termina sa carrière en 1978.
Côté bénévolat, il a été commissaire et président de la Commission scolaire locale, co-fondateur de l'Association sportive de Boischatel. En 1976, on lui a confié la présidence du comité organisateur des fêtes marquant le cinquantième anniversaire de la fondation canonique de Ste-Marguerite-Marie.
Rodolphe
Rodolphe a principalement fait sa marque dans les années 1940 aux côtés de ses frères Jules et Roland. En 1938, il a remporté le Championnat des assistants professionnels de l'Est du Canada. L'année 1947 fut mémorable pour Rodolphe. En effet, cette année-là, il était couronné champion des professionnels du Canada devant son frère Jules. La même année, il avait remporté l'Omnium des Maritimes. Il a aussi gagné 2 fois le championnat des professionnels adjoints du Québec et 3 fois le Lachute Open. Il a terminé deux fois second à l'Omnium du Québec. Il a participé à l'Omnium canadien et au Labatt Open. Il a réussi 6 trous d'un coup au cours de sa carrière. Il a également remporté de nombreux autres tournois qu'il serait trop long d'énumérer.
Sa carrière comme professionnel a commencé comme assistant professionnel au Kent Golf Links de 1934 à 1936 et au Royal Québec de 1937 à 1943. Après une saison comme professionnel au club Tadoussac, il devint professionnel au Royal Québec en 1945 et y demeura 30 ans avant de céder son poste à son fils Rodrique qui lui-même a célébré en 2001 ses vingt-cinq ans comme professionnel en titre au Royal Québec.
Doué aussi dans d'autres sports dont le hockey, Rodolphe pouvait réussir des coups peu communs. Les apprentis qui peinaient à faire lever leur balle avec un wedge restaient bouche bée lorsqu'ils voyaient Rodolphe enfoncer sa balle dans le sol et la frapper à 200 verges au centre de l'allée avec son bois 3 ! Rodolphe a détenu longtemps le record du Royal avec une ronde 65. Ce record a été battu par George Knudson (64), lui-même battu par Michel Taché (63) et André Gagné (63).
Rodolphe a été échevin et maire de Boischatel de 1958 à 1961 et président du Club Rotary de Québec-Est. Il a pu se vanter d'avoir porté les bâtons du prince de Galles, le futur Édouard VIII. Enfin, soulignons qu'il fut président de l'Association des golfeurs professionnels du Canada en 1972 et 1973.
Emmanuel
L'aîné de la famille a d'abord imité son père en ayant eu lui aussi 13 enfants. Machiniste, il était si adroit de ses mains qu'on lui demandait encore des travaux de précision alors qu'il était âgé de près de 80 ans. Caddie dès son jeune âge, il n s'est pas adonné au jeu du golf aussi fidèlement que ses jeunes frères. Mais, lui aussi avait le talent et la piqûre.
Au sommet de sa carrière, il détenait un handicap de 5. Il a remporté plusieurs compétitions, dont le tournoi Père et Fils de l'AGQ deux fois d'affilée en 1970 et en 1971. Plusieurs de ses enfants ont été membres au Royal Québec. Une de ses filles, Angéline, a remporté le championnat sénior régional 4 fois. Deux de ses fils ont occupé des postes de professionnels, soit Gerry et Claude.
Emmanuel a obtenu deux trous d'un coup et, fait rare à signaler, il ans a joué une partie en bas de son âge alors qu'il était âgé de plus de 80 ans. Pendant plusieurs années, sa famille a organisé un tournoi annuel qui réunissait 4 générations de Huot. Enfin, il a été président de la Caisse populaire de Boischatel de 1964 à 1982.
Roland
Roland a été le deuxième des frères Huot à occuper un poste de professionnel en titre, soit en 1935 au Club de golf Lingan à Sydnée en Nouvelle-Écosse. Auparavant, il avait assisté Jules au Kent Golf Club de 1930 à 1934. En 1937, il devenait professionnel en titre au Royal Québec, poste qu'il occupa jusqu'à la fusion du Royal Québec et du Kent Golf Club. Une des conditions exigées pour la fermeture du Kent Golf Club était l'engagement de Jules comme professionnel au Royal Québec. À ce moment-là, rappelons que Jules était à son apogée. Roland devint professionnel au club Chaudière dans la région d'Ottawa en 1942, à Summerlea de 1943 à 1945 et à Moncton en 1946 et en 1947. En 1948, il devenait professionnel au Lorette et demeura à ce poste jusqu'en 1975.
Ses victoires furent nombreuses et importantes. Il remporta le titre de l'Omnium des Maritimes en 1935 et en 1936. Cette même année, il enleva les honneurs du Nova Scotia Open. Deux fois, il fut runner-up au championnat des professionnels canadiens. Il fut aussi vainqueur du Sorel Open en 1955 et de bien d'autres tournois au Québec. En 1953, il prit la troisième position au Labatt Open qui à l'époque attirait beaucoup de bons joueurs de la PGA.
Roland a éprouvé sa plus forte émotion au golf dans une ronde de pratique au club St-Andrew de Toronto où il jouait en compagnie de son frère Jules contre Bobby Alston et Bobby Burns. Sur un par 5, après avoir frappé sa drive dans un ruisseau et subi un coup de pénalité, il a frappé sa balle avec un crochet intentionnel. Celle-ci a atteint le vert et est disparue dans la coupe pour un aigle. Peu de temps après, il réussissait un trou d'un coup au trou no 8 du Royal.
Roland s'est aussi adonné à la construction de terrains de golf; il a dirigé les travaux des 6 derrniers trous du club Chaudière et le retour du Lorette est en grande partie son oeuvre personnelle.
Maurice
Considéré comme le meilleur joueur de défense dans l'équipe de hockey de Boischatel composée uniquement de Huot, Maurice, le plus pesant des frères Huot, a appris à défendre les intérêts de la famille ! Le droit a donc privé la famille Huot d'un cinquième professionnel car il avait tout le talent nécessaire. Gagnant du Duc de Kent en 1943, du tournoi Shield au Manoir Richelieu en 1942 (deuxième tournoi en importance à l'époque après le championnat amateur canadien), champion "Medal Play " en 1942 et champion "Match Play " du Royal Québec en 1948, il a été pendant plusieurs années un des meilleurs amateurs à Québec et rivalisait aisément avec les meilleurs amateurs de son époque comme Adjutor Dussault, Gaston Amyot et Léo Bourgault, par exemple, eux aussi trois champions du Duc de Kent.
Bout-en-train, compagnon de jeu apprécié, Maurice a connu une carrière fructueuse dans le monde du droit. Il adorait aussi la pêche. Il fut aussi maire de Boischatel de 1955 à 1957. Il a aussi réussi un trou d'un coup.
Antonio (Tony)
Le cadet des frères Huot a développé rapidement ses aptitudes et s'est fait connaître en remportant 2 fois le Duc de Kent en 1946 et en 1948.
Il a également remporté le championnat du Royal Québec "Medal Play" en 1947 et 1948 et le "Match Play" en 1946 et 1947. Il a aussi remporté le championnat par trou du district (Syndicat de Québec) en 1947. À l'époque où il était amateur, les habitants de Boischatel n'avaient pas le droit d'être membres au Royal Québec. Tony a déménagé à Québec et a pu devenir membre du Royal Québec. Par la suite, ce règlement a été évidemment aboli.
En 1949, il est devenu professionnel au club de golf Lévis. Par la suite, il s'est arrêté aux clubs de golf Orléans, Lac Beauport, Baie Comeau et de nouveau à Lévis où il termina sa carrière comme professionnel.
Pendant plus de 30 ans, il a dirigé une école de golf à Québec. Son frère, Benoit, le considère comme celui dans la famille qui était le meilleur enseignant. Tony a entre autres enseigné le golf à Michel Giroux qui en était alors à ses débuts. Plusieurs autres golfeurs de la région de Québec dont plusieurs membres du Royal Québec ont apprécié ses talents comme enseignant. Lui aussi a réussi un trou d'un coup.
Ulric
Ce membre de la famille Huot a consacré une grande partie de sa vie au domaine scolaire. Président de la commission scolaire de Courville et aussi de la régionale d'Orléans, cela lui a valu une polyvalente qui a déjà porté son nom à Courville. Moins assidu que ses frères sur les terrains de golf, il a quand même maintenu un handicap de 6 durant la grande partie de sa vie. Ulric a réussi un exploit peu ordinaire en jouant une partie en 79 coups en utilisant uniquement un fer 2, l'outil favori des caddies au Kent Golf Club et au Royal Québec avant 9 heures le matin.
Ulric a été membre au Royal Québec pendant plusieurs années. Il a aussi été marshall sur le terrain, travail qu'il exécutait avec diplomatie et il était très apprécié par les membres du club.
Conclusion
Les réalisations des frères Huot sont uniques au monde. C'est en raison de leurs performances que le Temple de la Renommée du golf québécois, lors de l'intronisation de Jules en 1996 à remis à chacun de ses sept frères une plaque murale souvenir portant l'inscription:
"HOMMAGE À (nom de chacun) pour sa contribution au développement du golf au Québec. "